Et si le 17 ne change rien ?
Trois scénarios, du plus dur au plus doux. Ce ne sont pas des prédictions : c’est ce qui peut arriver si la colère retombe sans rien obtenir. Les chiffres, eux, sont réels.
- 3 596 milliards d’eurosde dette publique au 30 juin 2026, 119 % de tout ce que le pays produit en un an
- 79 milliards d’eurosd’intérêts de la dette cette année, payés aux prêteurs
- 37 %de valeur perdue par l’euro depuis sa création
Les chiffres et leurs sources (INSEE, Eurostat) : page Dette
Le plus dur
La spirale
La colère retombe, rien ne change, et la dette finit par commander.
L’argent
La dette continue de grimper. Les prêteurs demandent des taux plus élevés, et les intérêts, déjà 79 milliards d’euros cette année, avalent une part toujours plus grande de nos impôts. Pour payer, l’État coupe : hôpitaux, écoles, retraites, aides au logement. C’est ce qu’a vécu la Grèce après 2010 : plans d’austérité à répétition, salaires et pensions amputés, plus d’un jeune sur deux au chômage en 2013.
L’euro
Les prix montent plus vite que les salaires. L’euro, qui a déjà perdu 37 % de sa valeur depuis sa création, continue de fondre. Le plein, le loyer, les courses deviennent un luxe.
Les gens
Chacun cherche un coupable chez son voisin : le jeune contre le retraité, la ville contre la campagne, le salarié contre le chômeur. La méfiance remplace l’entraide, et ceux qui promettent l’ordre à tout prix montent.
Les jeunes
Les plus diplômés partent à l’étranger, les autres restent chez leurs parents faute de pouvoir se loger. Fonder une famille devient un projet de riches.
La démocratie
Les grandes décisions se prennent ailleurs : chez les créanciers, à Bruxelles, sur les marchés. Voter ne change plus rien, et de moins en moins de gens votent.
Ce que ça dit de nous
Un peuple qui ne décide plus de rien finit par ne plus croire en rien. Les civilisations ne tombent pas d’un coup : elles s’abîment quand plus personne ne se sent responsable de rien.
Qui trinque le plus : Les jeunes, les retraités modestes, ceux qui ont besoin de leur voiture pour travailler, les familles seules avec un salaire, et les services publics.
Le plus probable
L’usure
Rien ne casse, tout s’use.
L’argent
Pas de crise brutale, mais une lente glissade. Chaque année, les prix montent un peu plus vite que les salaires. Les intérêts de la dette coûtent déjà plus que l’armée (54,2 milliards en 2024) et grignotent le reste : plus d’attente aux urgences, des classes plus chargées, des guichets qui ferment.
Les gens
Chacun se débrouille dans son coin. On râle sur les réseaux, on vote contre, ou on ne vote plus. La colère ne disparaît pas : elle couve.
Les jeunes
Ils travaillent, mais un logement à soi devient presque impossible dans les villes. Beaucoup vivront moins bien que leurs parents, sans que personne ne l’ait décidé.
La démocratie
Le pouvoir change de visage en 2027, pas de méthode : le peuple vote une fois, puis se tait cinq ans.
Ce que ça dit de nous
La résignation est la défaite la plus confortable : personne n’a perdu de bataille, on a juste arrêté de se battre.
Qui trinque le plus : La classe moyenne qui glisse, les jeunes qui commencent à travailler, les villes et villages qui perdent leurs services.
Le plus doux
Le sursaut
Le 17 ne gagne pas tout, mais il lance quelque chose.
L’argent
Sous la pression, le pouvoir lâche du lest, comme en décembre 2018, quand environ 10 milliards d’euros de mesures avaient été annoncés en quelques semaines. Ce n’est pas la fin de la vie chère, mais la preuve qu’on peut faire reculer un gouvernement.
Les gens
Sur les ronds-points et dans les rues, des gens qui ne se parlaient plus se retrouvent. On découvre que le voisin a les mêmes fins de mois.
Les jeunes
Les lycéens et les étudiants, déjà dans la rue, prennent leur place dans le mouvement. Ils apprennent qu’ensemble, on pèse.
La démocratie
Le RIC s’impose dans la campagne présidentielle : plus aucun candidat ne peut faire comme s’il n’existait pas.
Ce que ça dit de nous
Un peuple qui se lève, même sans tout obtenir, se rappelle qu’il existe. C’est par là que tout recommence.
Qui y gagne : Tout le monde, à commencer par ceux qui avaient cessé d’y croire.
Lequel des trois ?
Ça dépend de combien nous serons le 17 octobre.
Les deux précédents cités : Eurostat : chômage des jeunes en Grèce, 2013 · Public Sénat : les mesures de décembre 2018
